Tag Archives: mariage

Anne-Marie Le Pourhiet vous informe de vos droits.

5 Fév

Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit, a publié fin janvier un article  : « Le mariage homo, de quel droit? » sur causeur.fr, le site média conservateur de la journaliste Elisabeth Lévy. Madame Le Pourhiet est membre de l’AFDC, et elle est très remontée contre ces brigands d’homosexuels qui osent recourir au droit et aux mécanismes institutionnels. Dans un argumentaire assez flou, elle nous explique que les minorités ne sont pas légitimes à réclamer une protection juridique et elle établit des assimilations vertigineuses entre racisme, homophobie et…droit des animaux.

Le Pourhiet : Le mariage homo, de quel droit?

Dans la première partie de cet article, Anne-Marie Le Pourhiet ressasse ce que tout le monde sait déjà : la Constitution n’a rien à voir avec le mariage (à l’exception peut-être du PGD droit à une vie familiale normale, mais c’est une notion très obscure). D’où la relative bêtise des associations à activer le processus de QPC.

Elle pose ensuite la vraie question : faut-il inventer une autre union que le mariage pour les gays? Mais au lieu d’y répondre raisonnablement, elle se lance dans un explication étonnante où toutes les assimilations semblent possibles. Son argument est valable : le mariage est un concept hétérosexuel. Les homosexuels se ridiculisent à vouloir être comme ceux qu’ils ne sont pas : voir le fameux mariage parodique de Coluche et Le Luron. Elle oublie au passage que le mariage concerne un couple de citoyen propre à fonder une famille (ce qui est déjà incertain : on n’exclut pas les couples stériles du mariage) et que les homosexuels sont donc éligibles au mariage (l’adoption existe).

Le problème est bien là, dans les attributs de la citoyenneté. Peut-on être citoyen si l’on est banni du mariage? Madame Le Pourhiet ne saurait aller aussi loin car pour elle, l’homosexualité appartient à une création de son imaginaire, une sorte de marécage mythique très vaste où elle englobe tout »ce qui n’est tout simplement pas vraisemblable » : le rejet des minorités, la violence dont sont victimes les gays, la maltraitance des animaux, le désir de mourir dignement… Comme ces maux n’existent pas, il n’y a pas lieu de les combattre.

Mais ce déni ne tient plus au paragraphe suivant. En bonne juriste conservatrice, elle déplore le déclin de la loi qui s’est ouvert à la protection des minorités. Plutôt que d’y voir un progrès pour notre civilisation, Madame Le Pourhiet y découvre les racines de la pire décadence : comment vivre dans une société où l’on condamne l’insulte et la menace raciale et homophobe? Où est donc passée la liberté de parole qui permettait de dire et d’écrire les pires horreurs contre la dignité de certains en toute impunité? Selon elle, les excès de racisme sont certainement moins condamnables que les excès d’antiracisme, car selon la thèse partagée par Zemmour et cie, faire de l’antiracisme, c’est faire du racisme dans l’autre sens. Du mariage gay, on glisse vers une rhétorique anti-minorité bien huilée. Voici l’extrait de la fin de cet article redoutable :

 

La question fondamentale est donc celle du sens et de la fonction du droit dans une société. Sans doute le droit sait-il depuis longtemps créer des fictions dont l’adoption est l’exemple type, mais il s’efforce toujours de les rendre vraisemblables et de ne pas s’écarter de la réalité possible. Faut-il aller toujours plus loin dans l’artificialisme en satisfaisant toujours plus de revendications aberrantes au nom d’un prétendu « progrès » et de la reconnaissance de droits illimités ou refuser rationnellement l’institutionnalisation de ce qui n’est tout simplement pas vraisemblable ?

Dans un article du 3 juillet 2010 consacré aux passions de certains individus pour leurs animaux domestiques, le journal Marianne faisait part du mariage d’un individu humain de sexe masculin avec sa chatte prénommée Cécilia. L’on sait, en effet, que des juristes anglo-saxons s’interrogent sur les moyens de léguer un héritage à un animal tandis que le mouvement de l’écologie profonde réclame, derrière l’américain Peter Singer, la rédaction d’une Déclaration universelle des droits des grands singes. Le Traité de Lisbonne a amorcé un pas en ce sens en stipulant que « l’Union et les États-membres tiennent pleinement compte des exigences du bien-être des animaux en tant qu’êtres sensibles ». Il y a fort à parier que les militants de la libération animale ne s’arrêteront pas là, d’autant que certaines légendes racontent que les singes seraient capables d’élever, à défaut d’éduquer, un enfant humain.

Nul doute qu’après la décision du Conseil constitutionnel, les associations d’homosexuels reprendront leur harcèlement en direction du législateur, tout comme le lobby mortifère du « droit de mourir dans la dignité » qui reprend sans relâche sa « lutte » après chaque refus essuyé. Dans son livre intitulé Quand les minorités font la loi (« Les voies du droit », PUF, 2002), la juriste canadienne Andrée Lajoie a montré comment la tyrannie des minorités s’exerçait complémentairement dans les prétoires et les hémicycles. On s’en remet donc désormais au politique non sans avoir d’abord paradoxalement obtenu de celui-ci qu’il interdise le débat démocratique en incriminant pénalement les arguments adverses qualifiés de sexistes, homophobes, handiphobes ou autres. Le débat politique avec les « Khmers roses » (François Devoucoux de Buysson, éditions Blanche, 2003) a donc toutes les chances de se transformer en monologue agressif et sectaire.

 

L’argument final est classique. Les homosexuels participent à une grande conspiration totalitaire pour faire chuter la société tout entière à leur avantage. Quand on est gay, on sait que cette théorie est totalement fausse. Au contraire, si le mariage gay ne passe pas en France, c’est parce que la communauté homosexuelle (dont l’existence est déjà très hypothétique) est composée d’individus à la fois indécis et respectueux de certains principes (pour ne pas dire conservateur  : voire tous ces gays contre le mariage et l’adoption). Par contre, il est inacceptable d’être implicitement comparé à des animaux. Madame Le Pourhiet semble se permettre cette analogie dégradante. Et on a envie de lui répondre : de quel droit? Celui d’insulter son prochain?

 

Pour mieux comprendre l’argumentaire de cette dame, voilà une vidéo d’un discours prononcé lors d’une audition à l’Assemblée nationale :

Brûlons les gays, sauvons les oiseaux

12 Jan

Pour certaines religions éclairées, Dieu et le météo c’est un peu la même chose. Si bien que lorsqu’une catastrophe naturelle survient, on en cherche la cause dans la colère divine. Ce raisonnement archaïque qui conduisait les grecs de l’antiquité à faire des sacrifice au Dieu de la foudre, aurait dû disparaitre avec la découverte d’explications scientifiques aux phénomènes de la nature. Pourtant la théorie du bouc émissaire ne nous quitte jamais et désormais, ce sont les gays qui sont les nouvelles sorcières.

Lors du Tsunami, les responsables religieux avaient exhumé de leur délire mystique l’image d’une punition divine. Le Tsunami n’était rien d’autre qu’un châtiment contre le tourisme sexuel qui mine la Thaïlande depuis des années. L’ouragan Katrina avait aussi frappé la Nouvelle-Orléans à cause du carnaval qui s’y déroule et qui attire une forte fréquentation gay. Plus récemment la Philadelphia Church of God expliquait ainsi les inondations en Australie :

«Dieu a dit de cette nation rebelle qui accueille l’infâme défilé homosexuel de Mardi gras [à Sydney, ndlr.]: Leur vin est pire que celui de Sodome et des champs de Gomorrhe – à moi appartient la vengeance et la récompense car le jour de leur calamité est proche.»

Plus fort encore, Cindy Jacobs, une mégère illuminée incrimine les homosexuels et les rend responsable des mystérieuses chutes d’oiseaux aux E.U :

Allez Cindy, allons au bout du raisonnement, pourquoi ne pas bruler les homosexuels pour sauver les oiseaux ?

 

 

 

Hervé Mariton, pro-Irak et anti-gay, représentant de la Nation.

18 Nov

On me dira que la guerre en Irak et le mariage homosexuel n’ont rien à voir entre eux. Et on imagine le genre de personne qui serait à la fois pro-guerre en Irak et anti-mariage gay… un extrémiste, un va-t’en-guerre, un gros macho sans aucun doute. Pourtant, celui dont je parle est un bonhomme au visage rond, assis à l’Assemblée nationale depuis 1993 au siège de député de la Drôme, sous l’étiquette UMP. Hervé Mariton n’a pas l’air méchant en apparence, mais il n’hésite pas à semer ici et là, tous les ans, quelques idées macabres dans le débat public. Et on espère qu’il ne mesure pas le nombre de victimes qu’il envoie à l’échafaud quand il prend la parole...

Hervé Mariton s’est fait remarqué ces dernières semaines en introduisant l’amendement qui donne un avantage fiscal aux jeunes mariés par rapport aux nouveaux pacsés dans le projet de loi de finances 2011. Vieille amertume de la droite sur le PACS jospiniste? Hervé Mariton s’est targué d’avoir introduit cet amendement non pas pour  détourner l’attention de sa calvitie naissante, mais pour  préserver « la solidité de la société. » La majorité UMP avait aligné les droits fiscaux des jeunes mariés et des pacsés en 2005. Puis, par politique d’austérité financière, le gouvernement actuel a proposé de supprimer tous ces avantages. C’est là qu’Hervé Mariton et quelques autres députés UMP sont intervenus pour défendre la niche fiscale réservée à la famille hétérosexuelle.

Après avoir fait voté l’amendement, Hervé Mariton est devenu la cible des bloggeurs gays sur le net. Il en a eu des sueurs froides sous ses petites lunettes. Sa langue de vipère n’a fait qu’un tour. Il a contacté le magazine Tétu (il ne faudrait pas qu’il soit surpris par ses électeurs à parler d’homosexualité dans Le Monde) pour s’expliquer. Son discours ferrailleur n’arrange rien. Il fait ressortir un profil original d’homophobe double-face : athée mais complice de l’Eglise-boulet-du-XXIème-siècle sur la défense de la famille traditionnelle (le lien avec l’Eglise est un cordon ombilical que les hommes politiques de droite ne veulent absolument pas rompre comme l’a montré la récente réunion Sarkozy-Benoît XVI  suite à l’expulsion massive des Roms). Voici les propos de Mariton dans Tétu :

« Je ne suis pas catholique, et pas aligné sur Benoît 16, mais il est vrai qu’il y a beaucoup d’affirmations de l’Eglise catholique, comme la doctrine de la famille comme fondement de la société, que je trouve très bien formulées. Je fais une distinction entre la famille et le couple, qui est libre et sur lequel je n’érige aucune norme. Un homme et une femme, lorsqu’ils ont des enfants, issus de la nature ou adoptés, font une famille. Les couples homosexuels, bien que légitimes, ne font pas famille de la même manière »

Il ne pensait tout de même pas se remettre les gays dans la poche après son attitude scandaleuse et discriminante à l’Assemblée nationale. Comment peut-on aller aussi loin dans l’intolérance qu’avec cette suppression de niche fiscale pour la « solidité de la société »? Cherche-t-on a bâtir un mur de dissuasion fiscale autour du PACS pour le marginaliser?


La question prioritaire continue son chemin…suspens

17 Nov

La Cour de cassation a validé la question prioritaire de constitutionnalité portant sur le mariage des personnes de même sexes. Le Conseil constitutionnel devra donc rendre une décision dans un délais de 3 mois. Que peut-on espérer?

 

D’après l’article du Monde, la Cour de cassation a saisi mardi 16 novembre le Conseil constitutionnel sur la question du mariage homosexuel, aujourd’hui interdit en France, au contraire d’une bonne partie des autres pays européens. Le 24 août, le tribunal de grande instance de Reims avait transmis à la Cour de cassation une question prioritaire de constitutionnalité concernant les articles 75 et 144 du Code civil, qui interdisent le mariage entre personnes de même sexe. Cet instrument permet au justiciable français de contester la constitutionnalité d’une disposition législative lors d’une instance en cours, lorsqu’il estime que ce texte porte atteinte aux droits et libertés que la Constitution garantit.

Pour les demandeurs, les articles 75 et 144 sont effectivement anticonstitutionnels en ce qu’ils « limitent la liberté individuelle d’un citoyen français de contracter mariage avec une personne du même sexe ». Dans un arrêt rendu mardi, la première chambre civile de la Cour de cassation a estimé que cette question était « nouvelle » et « sérieuse », le mariage homosexuel faisant « aujourd’hui l’objet d’un large débat dans la société, en raison, notamment, de l’évolution des mœurs et de la reconnaissance du mariage entre personnes de même sexe dans les législations de plusieurs pays étrangers ».

« UNE TRÈS BONNE NOUVELLE »

Elle a donc décidé de saisir le Conseil constitutionnel, à qui il reviendra de trancher. « Cette décision de la Cour de cassation est une bonne nouvelle pour les trois millions de lesbiennes et de gays qui ne peuvent se marier », s’est réjouie l’avocate Caroline Mecary, qui a défendu de nombreux dossiers de ce type. « Bientôt peut-être, espère-t-elle, la France respectera le principe d’égalité de traitement, en ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, comme l’ont déjà fait près de huit pays européens. » Les Pays-Bas, la Belgique, l’Espagne, la Norvège, la Suède, le Portugal, l’Islande, et le Royaume-Uni sont dans cette situation.

Le porte-parole de l’interassociative lesbienne, gaie, bi et trans (Inter-LGBT), Nicolas Gougain, est tout aussi satisfait de l’arrêt. « Déjà saisi d’une question sur l’homoparentalité, le Conseil constitutionnel s’était déclaré incompétent et avait renvoyé le problème aux législateurs. Là, il va sans doute à nouveau renvoyer aux législateurs la responsabilité de définir ce qu’est un mariage », a déclaré M. Gougain, ajoutant que « pour nous, le vrai progrès sera le vote d’un texte législatif ».

En cas d’adoption, l’autorité parentale est réservée aux couples mariés, avait rappelé le 6 octobre le Conseil constitutionnel, mais en refusant de dire si l’exclusion de fait des couples homosexuels constituait « un traitement discriminatoire ». Le porte-parole de l’association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL), Philippe Rollandin, estime que la décision de mardi de la Cour de cassation illustre « les tiraillements de la société réelle, qui constate l’évolution des mœurs et la société légale ». « Il y a peu de chance que le Conseil constitutionnel valide le mariage homosexuel, mais cette décision est un nouveau coup de boutoir contre la forteresse législative discriminant l’homosexualité », a dit M. Rollandin.

Saluant un « pas supplémentaire sur le chemin de l’égalité des droits », le Collectif contre l’homophobie estime aussi que cette décision « témoigne de l’actualité de cette revendication et du retard de la France » par rapport à ses voisins.

Actuellement la France interdit le mariage homosexuel, mais permet à deux personnes, quel que soit leur sexe, de contracter un pacte civil et de solidarité (PACS)

Rappelons que le Conseil constitutionnel avait déjà été interrogé sur l’adoption par les couples homosexuels cet été, et qu’il avait évité de dire NON en renvoyant la compétence sur le sujet au législateur. Peut-être s’en tiendra-t-il à nouveau à cette jurisprudence? (ce qui serait désastreux).

Quelle stratégie adopter face à cet évènement? Doit-on lancer le débat public? Une manifestation de soutien? Ou rester discret?

Une chose est sûre, les Sages du Conseil sont issus d’une génération qui n’est pas connu pour son grand attachement aux droits des homosexuels.

Les gays se font floués par le remaniement ministériel

14 Nov

Avis aux amateurs de chasse à l’homme. Il n’y aura pas de Terminator II : Christine Boutin ne revient pas au gouvernement. Cependant, après le remaniement du 14 novembre, les gays-friendly se font rares dans les ministères. Si le mouvement gay de l’UMP Gaylib’ a un peu de bon goût, il n’a sans doute pas apprécié le casting. Avec une droitisation marquée, les droits des homosexuels ne seront certainement pas au programme du nouveau gouvernement. Petit tour d’horizon.



Nadine Morano – la seule favorable au mariage gay (l’univers idéologique de Nadine Morano défie tout esprit de système je vous l’accorde) – est éloignée du Secrétariat d’Etat à la Famille : il paraît que ses positionnements médiatiques en faveur du droit des homosexuels ne plaisaient pas aux membres de la majorité. Tiens toi le pour dit, Nadine, il ne fait pas bon parler des gays à la télé.

Roselyne Bachelot – notre pro-PACS de la droite – obtient un ministère surgit des bisounours dont on peine à distinguer la mission pour l’instant. Grâce à sa proximité avec Fillon, elle reste au gouvernement malgré sa responsabilité médiatique dans l’affaire de la Grippe A.

Jeannette Bougrab – présidente langoureuse de la HALDE – a déclaré publiquement son soutien au mariage gay et à l’adoption par les couples homosexuels. Problème : son départ de la HALDE n’augure-t-il pas d’une tentative de dissolution de cette institution très protectrice pour les gays? (un projet en cours voudrait la fondre dans les prérogatives du Défenseur des droits).

Chantal Jouano est nommée ministre des sports. Lors de la passation de pouvoir avec Rama Yade, elle n’hésite pas à mettre la lutte contre l’homophobie au premier plan. « Derrière la question du sport, il y a aussi la question de l’homophobie » a-t-elle dit pour  rendre hommage à l’action de Rama Yade dans le domaine (personne n’était au courant mais si elle le dit…) Son soutien aux droits des homosexuels ne devrait pas beaucoup peser dans la politique du gouvernement surtout si elle continue à puiser ses looks dans Star Wars.

 

Frédéric Mitterrand est reconduit au Ministère de la Culture et de la Communication mais, bien qu’homosexuel, son engagement idéologique sur l’homosexualité est, comme souvent, proche du néant et de la compromission. Ne soyons pas trop exigeant : c’est déjà mieux que Christine Albanel, la coquille Saint-Jacques qui nous chie dessus avec le sourire :

Rama Yade et Hervé Morin -deux partisans du mariage- sont éjectés. La candidature potentielle d’Hervé Morin à l’élection présidentielle de 2012 sous l’étiquette Nouveau centre pourrait mettre le débat sur la place publique (mais il sera peut-être discret sur la question pour ne pas heurter la délicatesse intégriste de certains membres de son parti).

Quant aux autres, il est difficile de leur attribuer des propos clairs sur la question. On sait qu’Alain Juppé a favorisé la création des mouvement gays au sein de la droite. On sait que Nathalie Kosciusko-Morizet est plutôt gay-friendly. On sait que Valérie Pécresse est toute fière de la campagne anti-homophobie menée depuis son ministère des études supérieures (c’est le seul point dans la case positif de son bilan d’ailleurs).

Mais on sait aussi que Luc Châtel en tant que porte-parole du gouvernement et Ministre de l’Education nationale, avait été le premier à affirmer son désaccord avec la diffusion du dessin-animé « Le baiser de la Lune » en primaire, et qu’il avait déclaré en 2009 à l’issue d’un Conseil des ministres : « Je veux d’abord vous rappeler que le gouvernement a eu l’occasion de dire à plusieurs reprises – le président de la République lui-même s’est exprimé sur le sujet – que nous n’étions pas favorables à l’adoption d’enfants par les couples homosexuels« 

Avec un tel gouvernement, et avec un Garde des Sceaux, Michel Mercier, chevalier du Saint-Sépulcre, on peut s’attendre à un nouveau No Man’s land jusqu’en 2012 dans la conquête laborieuse et courageuse des droits des homosexuels.

 


 

Le Parti Socialiste portera-t-il les droits des homosexuels en 2012 ?

7 Nov

Avec la création du PACS à la fin des années 1990, le gouvernement socialiste de Lionel Jospin avait posé une première pierre pour la reconnaissance juridique du couple homosexuel. Dix ans plus tard, en pleine préparation du programme pour la présidentielle de 2012, le PS va-t-il reboiser le no man’s land des droits des gays en France?

La Convention sur l’égalité réelle qui fait suite à la Convention sur la politique extérieure, sera le moment d’aborder une thématique chère aux socialistes : l’égalité entre les citoyens. C’est un point sur lequel le PS devrait pouvoir se distinguer assez facilement de l’UMP pendant la campagne (surtout si les nouveaux tea party à la française font entendre leur voix et amènent le débat médiatique sur ce terrain). Contrairement à la prudence en demi-teinte de 2007, on espère que le PS pourra créer un boom progressiste lors de la campagne avec des propositions fracassantes.

L’accession à une reconnaissance juridique et sociale pour les homosexuels doit s’imposer comme une évidence et ne pas être évincée pour des raisons électoralistes. Le groupe Homosexualité et Socialisme (HES) a publié à la mi-octobre une contribution en vue de la Convention sur l’égalité réelle. Les adhérents de l’association se sont accordés sur vingt propositions dont vous pouvez retrouver le détail sur le site de HES:

  1. Nous lutterons contre les violences et les discriminations à l’école et à l’université.
  2. Nous lutterons contre les violences et les discriminations au travail.
  3. Nous lutterons contre les violences et les discriminations dans tous les territoires.
  4. Nous donnerons à la HALDE les moyens d’agir.
  5. Nous généraliserons les formations des professionnels aux réalités des familles LGBT.
  6. Nous lutterons contre les discriminations qui visent les personnes âgées LGBT.
  7. Nous reconnaîtrons le droit des personnes à déterminer leur genre.
  8. Nous garantirons aux personnes trans l’accès aux soins et le libre choix du médecin.
  9. Nous mènerons un combat permanent contre le VIH/Sida.
  10. Nous garantirons aux séropositifs l’accès aux traitements et à des soins de qualité.
  11. Nous lutterons contre la sérophobie.
  12. Nous n’exclurons plus les gays du don de sang.
  13. Nous perfectionnerons le pacs.
  14. Nous ouvrirons le mariage à tous les couples.
  15. Nous ne réserverons plus l’adoption aux hétérosexuels.
  16. Nous protégerons les liens qui unissent l’enfant et les adultes qui l’élèvent.
  17. Nous ouvrirons la procréation assistée à toutes les femmes, sans discrimination.
  18. Nous ouvrirons la procréation assistée à tous les parents de sexe différent.
  19. Nous encadrerons la gestation pour autrui.
  20. Nous reconnaîtrons aux personnes trans le droit de fonder une famille.

Voilà qui devrait servir de base de travail pour la préparation du texte de la Convention. La proposition n°3 est particulièrement importante puisqu’elle prend acte des inégalités territoriales : les quartiers sensibles, les zones rurales ou encore certains départements d’Outre-mer sont visés à cause de la pression homophobe qui y règne parfois.

En réalité, il y a deux types de mesures  : des mesures relativement consensuelles qui ne devraient pas permettre à la gauche de se distinguer face à la droite (lutte contre l’homophobie, combat contre le Sida) et des mesures réellement percutantes et progressistes (la 14 et la 15) qui lui permettraient de devenir la championne des droits gays face à l’UMP qui choisira à coup sûr le conservatisme ou le silence sur ces questions.

Les militants gays attendent un engagement ferme du Parti Socialiste. En 2007, on avait eu l’impression qu’une certaine gêne engourdissait le discours politique de la gauche. Bien qu’inscrits dans le programme PS, le mariage gay et l’homoparentalité n’avaient pas été un des fers de lance de la campagne. C’était peut-être un tort. Quand on propose un changement profond de la société en modifiant par la loi la conception séculaire de la structure familiale, il faut l’assumer pleinement. Il est temps d’arrêter de considérer les français comme des homophobes qui ne voudraient pas entendre parler de ces questions et pousser ainsi la droite dans ses retranchements conservateurs pour faire émerger sa désuétude.

La position des leaders du PS sur le mariage et l’adoption a évolué au cours des années 2000. Pendant les primaires de 2004, suivant un sondage qui indiquait que 64% des français étaient favorables au mariage gay, Dominique Strauss-Khan avait lancé un pavé dans la mare en se déclarant favorable au mariage homosexuel dans Libération. Lionel Jospin avait brutalement cassé cette dynamique, en déclarant dans le Journal du Dimanche : « «On peut réprouver et combattre l’homophobie tout en n’étant pas favorable au mariage homosexuel.» Ce positionnement de l’ancien Premier ministre avait même réjoui certains membres influents du PS comme le député de la Drôme Eric Besson fermement opposé au mariage et à l’adoption par des couples homosexuels (depuis cette époque, il a choisi un autre camp plus favorable à ces idées). Lionel Jospin avait aussi donné une caution à ceux qui se voulait plus discret sur la question : Guigou, Royal, Ayrault , Glavany, Lebranchu, Emmanuelli, … bref, tous les vieux de la vieille ! Pourtant, François Hollande, alors à la tête du PS, avait immédiatement confirmé Strauss-Khan, en espérant peut-être avancer une idée forte du PS à un moment où le gouvernement Raffarin trébuchait sur le sujet depuis l’annonce par Noël Mamère de la célébration d’un mariage entre personnes de même sexe dans sa mairie de Bègles.

Malgré ses réserves, pour se mettre sur la même ligne que ses concurrents, Ségolène Royal s’était déclarée en faveur du mariage homosexuel pendant les primaires tout en adoptant un discours à géométrie variable pendant la campagne de 2007. Le débat qui avait eu lieu entre les 3 candidats des primaires montrait que le monopole de la conviction revenait à Dominique Strauss-Kahn.

Une candidature de Strauss-Kahn serait-elle une opportunité positive pour l’avancée des droits gays? Certainement, sous réserve de cohérence par rapport à son positionnement en 2007.
Qu’en est-il des autres possibles candidatures ?

Martine Aubry porte, comme souvent, un discours beaucoup plus sincère et nuancé que les autres en avouant que malgré ses hésitations premières, elle est désormais une fervente supportrice du mariage et de l’adoption.

Benoit Hamon, bien qu’ayant étrangement participer à l’argumentaire FN dans l’affaire Frédéric Mitterrand, avait fait des propositions fortes au Congrès de Reims. Seule la motion qu’il soutenait, représentant l’aile gauche du Parti socialiste, prenait le temps de ne pas survoler le problème. Cela se traduisait, dans la forme, par un paragraphe spécifique intitulé «Lutter contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle». Et sur le fond: «Le droit de chacun à vivre sa sexualité doit enfin devenir un droit fondamental dans une société moderne de liberté. Pour cela il faut commencer par lutter avec la plus grande fermeté contre les discriminations homophobes. Le pacs a constitué une avancée indéniable pour la reconnaissance officielle et les droits des gays et des lesbiennes. Il est temps aujourd’hui de le compléter par de nouveaux droits.» Pacs signé en mairie, égalité pour la retraite, la pension de réversion, veuvage, succession, imposition commune, titre de séjour pour les couples binationaux pacsés, lutte contre la transphobie, mariage, adoption et débat sur la procréation médicalement assistée: cette dernière motion semble décidément ne rien avoir oublié…

Quant au dilettante de l’Essonne Manuel Valls, on peine à lui attribuer un message audible sur la question…

Pour conclure, on aimerait qu’en 2012, le Parti Socialiste s’aligne sur son homologue espagnol et devienne le porte-parole qui nous manque pour défendre nos droits !