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Vieux vs. Jeunes/Gauche vs.Droite : le déplacement des clivages

19 Jan

Contrairement à mon habitude, je vous copie ici un article de Matthieu Verrier dans Le Parisien sur la question des clivages politiques et générationnels suscités par les droits des homosexuels et par l’euthanasie. La comparaison entre les deux sujets de société me parait très juste. Ils renvoient en effet au même code moral, hérité de la doctrine chrétienne, sur lequel notre société continue de se gréer. C’est une entreprise titanesque qu’opère la modernité : donner une nouvelle interprétation à ce code moral qui cimente la société, donner un nouveau sens sans changer ses grands principes . Je vous suggère de noter avec beaucoup d’espoir la déclaration-stratégie d’évitement de Najat Belkacem : « Nous mettrons Nicolas Sarkozy face à ses engagements non tenus« . Le PS parle du mariage gay au futur alors qu’il serait temps d’en parler au présent…

 

Euthanasie, mariage gay: Des nouveaux clivages?

Euthanasie, droits des homosexuels… Quelques voix à droite ou à gauche semblent faire sauter le clivage droite-gauche. A l’approche de la présidentielle, ces questions de société pourraient redessiner des lignes de division.

Les deux débats reviennent sur le devant de la scène politique. Le premier, sur le mariage homosexuel, est relancé par le biais du Conseil constitutionnel, qui doit se prononcer le 28 janvier sur la constitutionnalité de son interdiction. Le second, l’euthanasie, revient par une proposition de loi adoptée en commission au Sénat et qui sera examinée le 25 janvier. Dans les deux cas, les clivages se redessinent. Le dernier texte émane en effet d’une initiative commune de plusieurs sénateurs, allant des communistes à un élu UMP.

Un sénateur UMP signe la proposition de loi sur la légalisation de l’euthanasie, un socialiste, et non des moindres, Robert Badinter, s’y est souvent opposé. A droite, des personnalités comme Nadine Morano, ont tenu aussi des positions libérales sur les questions de société. Le clivage est-il plus générationnel que politique? « Ce sont surtout les plus jeunes qui sont favorables à ces avancées. Ils sont aussi moins sous l’emprise de l’Eglise« , estime Jean-Luc Romero. Le président de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité a quitté les rangs de l’UMP et s’est rapproché du PS. Il voit des blocs non monolithiques, avec des libéraux à droite et des conservateurs à gauche.

Question de génération?

Chez Gaylib, Emmanuel Blanc livre la même analyse. Le président de ce mouvement gay de l’UMP déplore « une majorité des députés UMP complètement rétrogrades, réactionnaires, déconnectés« . Il y aurait un « nouveau combat des anciens contre les modernes« . Les partisans de ces questions de société espèrent que le débat s’ouvrira et pèsera dans la campagne présidentielle. Valérie Létard aussi, qui a voté pour le 1er article de la proposition de loi au Sénat. La sénatrice Nouveau centre a ainsi exprimé son « souhait qu’on aborde ces questions éminemment complexes« , a-t-elle expliqué au JDD.fr.

 

Mais dans cette perspective, le clivage gauche-droite pourrait réapparaître. « Le clivage générationnel, j’y crois de moins en moins« , souligne Najat Vallaud-Belkacem, secrétaire nationale du PS aux questions de société. « Nous mettrons Nicolas Sarkozy face à ses engagements non tenus« , assure-t-elle, alors que le chef de l’Etat avait évoqué avant son élection la création d’une union civile pour les couples homosexuels. Les réticences de certains socialistes à aller plus loin après la mise en place du Pacs semblent appartenir au passé. La convention sur l’égalité réelle, adoptée en décembre dernier, a validé la proposition de l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels. Le « droit à mourir dans la dignité » y est aussi inscrit. Contrairement à d’autres mesures, celles-ci n’ont pas créé de dissensions au moment de leur discussion.

« Vents contraires« 

La droite est généralement plus conservatrice, estimant que la législation actuelle convient. Le groupe UMP du Sénat a ainsi publié un communiqué pour dénoncer la proposition de loi sur l’euthanasie. « La campagne présidentielle va bloquer les choses« , prédit le député UMP André Wojciechowski. Il avait déposé une proposition de loi sur l’euthanasie et appelle à des évolutions sur les droits des homosexuels. « Le pape a mis du temps à accepter le préservatif, l’UMP ne doit pas mettre autant de temps à accepter des choses qui, de fait, existent« , plaide-t-il, exhortant ses collègues à sortir des ambiguïtés et de l’hypocrisie.

Si l’ambiguïté reflète « des vents contraires« , selon l’expression de Frédéric Dabi de l’Ifop, soufflant dans l’électorat de droite sur la question des droits des homosexuels, l’euthanasie efface dans l’opinion les divisions politiques et générationnels. « On est dans des choix personnels« , analyse le directeur du département Opinion de l’institut de sondages. La discrétion observée régulièrement par la droite pourrait alors se poursuivre, à moins que des initiatives de juges ou d’élus obligent les clivages à se découvrir.

Le Parisien, Matthieu Verrier, Mercredi 19 janvier 2011

Mardi 18 janvier : frénésie dans les prétoires

17 Jan

Demain, mardi 18 janvier, la Justice sera particulièrement sollicitée par les droits des homosexuels à travers deux affaires symboliques.

– Le Conseil constitutionnel devra statuer sur la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) qui lui a été soumise au mois de novembre sur la conformité des articles 75 et 144 du Code civil interdisant le mariage entre personnes de même sexe avec les droits et libertés garantis par la Constitution.

– La Cour d’assises du Val-de-Marne entame le jugement des quatre agresseurs de Bruno Wiel à Vitry-sur-Seine en 2006 et déterminera si l’homophobie était le motif de l’agression. Ce procès médiatique rappellera à chacun les pires excès de l’homophobie et la part de danger qui échoit à celui qui souhaite vivre librement sa sexualité en France.

La décision du Conseil constitutionnel ne donne malheureusement pas lieu à un suspens trop insoutenable. Contrairement aux fanfaronnades des idéologues homophobes qui aiment à dépeindre un groupe de pression tentaculaire au service de la cause homosexuelle, le lobby gay a encore une fois montré son inexistence ou en tout cas son extrême faiblesse. Pas de campagne médiatique. Le silence de celui qui se croit vaincu quoi qu’il arrive. Certes, le contexte politique et la composition plutôt encline au conservatisme du Conseil constitutionnel, ne laissait pas présager une décision explosive en faveur du mariage pour les couples de même sexe. Mais fallait-il pour autant laisser les français dans l’ignorance totale de cette procédure si emblématique en désertant les médias?

Selon toute vraisemblance, le Conseil constitutionnel appliquera la jurisprudence d’octobre 2010 lorsqu’il avait renvoyé la question de l’homoparentalité au législateur.

Après la décision, les homosexuels auront épuisé une bonne partie des ressources que leur offrait la procédure de question prioritaire de constitutionnalité pour faire valoir leur droit. En effet, il est impossible de réitérer une même QPC sur un même objet. Aujourd’hui, l’homoparentalité et le mariage gay ont déjà été amené devant le Conseil constitutionnel. La procédure pourra-t-elle être emprunté à nouveau? selon quelle modalité? et pour quel résultat? Ces questions se poseront dans les mois qui viennent en fonction des litiges qui se présenteront.

Le même mardi, s’ouvrira devant la Cour d’Assises du Val-de-Marne le procès des agresseurs présumés de Bruno Wiel en 2006. Cette affaire ressemble à bien des égards aux crimes commis par l’impitoyable Gang des Barbares à Bagneux. Pourtant, l’émotion semble moins forte dans l’opinion. Le mobile homophobe semble faire débat comme l’antisémitisme des complices de Youssouf Fofana il y a quelques mois.

La torture subit par Bruno Wiel rappelle aussi que – comme l’antisémitisme – l’homophobie pousse au crime. Elle n’est donc pas une idéologie acceptable et défendable au nom de la liberté d’opinion. Elle est une pathologie haineuse, dangereuse pour la société toute entière, qui se manifeste par des agissements criminels et qui doit être faire l’objet de condamnation extrêmement lourde et sévère par la justice, à la mesure de la violence inouïe qu’elle engendre.

L’humiliation est l’instrument principal de l’homophobe. C’est l’expression de son vice et de sa maladie. Il en connait toutes les nuances à l’exception de la sourdine. Elle l’habite. Il ne peut la contenir. L’humiliation lui donne le goût du dénigrement verbal, de l’insulte, de la menace…et puis, lorsqu’il n’en a pas assez avec les mots assassins que nous connaissons tous, lorsque rabaisser l’honneur ne lui suffit plus, lorsqu’il a besoin de flétrir le corps tout entier de sa victime, il torture. La torture est bien la forme ultime de l’humiliation. Utilisée depuis des siècles. Elle humilie car elle remue l’homme comme de la boue. L’étymologie de l’humiliation (humus = le sol, la terre) rappelle qu’il s’agit d’un processus d’écrasement : il faut faire descendre sa victime au niveau du sol. Il faut le transformer en terre poisseuse. La lecture dans les articles de presse des pratiques barbares endurées par Bruno Wiel vous feront clairement penser à un écrasement au sol. La motivation du crime n’est que désir d’humiliation. La condamnation à perpétuité, très rare, à l’image de celle requise contre Youssouf Fofana, ne devrait pas être écartée.

Cette affaire monstrueuse nous concerne tous. Que la Justice adopte une position forte à l’encontre des persécutions, pour que les gays ne soient plus des citoyens humiliés, voilà ce qu’on peut espérer du jugement qui s’ouvre demain.

 

Pour en savoir plus, le blog de SOS Homophobie, partie civile au procès :

http://blogs.tetu.com/journal-du-proces-bruno-weil/2011/01/17/pourquoi-sos-homophobie-se-porte-partie-civile-aux-cotes-de-bruno-wiel/